Dimanche 26 avril 2009
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( Décembre 1919 - 21 Avril 2009 )
La résistante Jacqueline Péry d'Alincourt, une des collaboratrices de Jean Moulin, qui fut déportée à Ravensbrück, est décédée mardi dernier à l'âge de 89 ans. Née de la
Rochebrochard, au sein d'une famille de vieille noblesse bretonne, jeune veuve de guerre, elle avait rejoint la Résistance en 1942, après avoir vu un enfant portant l'étoile jaune dans le métro
parisien.
La jeune fille est de celles et de ceux qu’insupporte la présence allemande. À l’aube, à Poitiers, avec ses trois soeurs adolescentes, elle déchire des affiches de l’occupant. À Paris, elle
découvre pour la première fois un enfant portant l’étoile jaune. À la fin de l’été 1942, elle assiste à une conférence sur le thème : « Quel doit être le rôle des chrétiennes dans la
France d’aujourd’hui ? »
« Il faut choisir, le Christ ou Hitler. »
Jacqueline n’oubliera pas cette version du Christ. Comme lui, elle choisira, à chaque étape, la mort plutôt que le reniement. Associée à l’équipe de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin,
assignée à assurer « l’intendance ».
Après l'arrestation de Jean Moulin, le 21 juin 1943, à Caluire, près de Lyon, la jeune femme est chargée de trouver les "boîtes aux lettres", endroits où étaient déposés les courriers de la
Résistance. Arrêtée le 24 septembre 1943 à Paris, elle est torturée pendant cinq jours, rue des Saussaies (VIIIe), par la Gestapo qui tente vainement de la faire parler.
Emprisonnée à Fresnes, elle est ensuite déportée en avril 1944 à Ravensbrück, dans le nord de l'Allemagne, où elle partagera pendant des mois la même paillasse que Geneviève Anthonioz de Gaulle,
nièce du chef de la France libre.
Sauvée par la Croix-Rouge suédoise, elle quitte le camp de concentration en avril 1945.
Après la guerre, elle n'a jamais cessé de témoigner sur la déportation et Ravensbrück, notamment dans des universités américaines, où elle était régulièrement invitée. Son témoignage sur la
Résistance, la prison et la déportation a fait l'objet d'un livre publié en janvier 2008 : Témoignages sur la Résistance et la déportation, autour de Jacqueline Péry d'Alincourt, par François
Berriot (éditions de L'Harmattan).
Jacqueline Pery d’Alincourt (Pery pour son remariage ultérieur après la mort de Joseph d’Alincourt dans un camp à Nuremberg) a rédigé plus tard des notes. Précieux documents pour sa biographie,
pour le fonctionnement de la Résistance au plus près de Jean Moulin. Avec cette allocution de Geneviève de Gaulle, pour la remise d’une décoration aux Invalides, du Malraux sans les grandes
orgues : « Nous voici, pauvres gens, avec nos rubans et nos médailles, lorsque nous grelottions dans nos tenues de bagnardes, aurions-nous pu imaginer ce moment où, après avoir prononcé
les paroles rituelles, ma Jacqueline, je te ceindrai de l’Ordre bleu… »
Madame d'Alincourt était Commandeur de la Légion d'Honneur et Grand Officier de l'Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39/45 avec Palmes, Médaille de la Résistance. Une Cérémonie
d'hommage national a eu lieu aux Invalides, elle a été inhumée à Prissé-la-Charrière.
Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, salue avec émotion la disparition de Jacqueline Péry d’Alincourt, alias « Violeine ».
L'UGF présente ses plus vives et attristées condoléances à la
famille et aux proches.