Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 20:55

                      place du Général de Gaulle à la Réunion


Je viens de recevoir, ce jour, une adhésion de l'un de nos amis de la Réunion!
C'est toujours un trés grand plaisir pour l'UGF que d'élargir sa famille et de voir ses membres toujours plus nombreux, en France et ailleurs!
Aussi, afin de remercier notre ami, je rappelle ci-dessous, le lien particulier qui unissait le Général à la Réunion.

Bonne lecture,

Stéphane Galardini
Secrétaire Général 

Juin 1959, la Réunion est en ébullition. Le général de Gaulle va revenir. Quelques années auparavant, le département avait déjà eu l’occasion de clamer son attachement au chef de La France libre. Mais cette fois, ce n’est plus la simple visite d’un politicien à la retraite. Non ! Charles de Gaulle a été élu président de la République et c’est en tant que tel qu’il vient à La Réunion. Le département va recevoir le premier chef d’Etat de son histoire. Cette visite sera, encore une fois, l’occasion pour les Réunionnais de montrer au général leur fidélité et leur dévouement.

L’année 1959 marque une certaine ébullition parmi la population réunionnaise : le président de la République, invité au conseil des chefs d’Etat de la Communauté, qui se tiendra à Tananarive début juillet 1959, profitera de ce voyage pour effectuer un court séjour dans le département. Et ce président n’est autre que le général De Gaulle. Mais ce dernier n’en est pas à sa première visite. Revenons six ans en arrière. Septembre 1953. On apprend que le général De Gaulle va quitter Colombey pour un voyage de quelques semaines avec son épouse. Sa destination est l’Afrique de l’Est. A La Réunion, les représentants des associations patriotiques voient là l’occasion de demander au général De Gaulle de faire un petit crochet par La Réunion. Ce qui sera chose faite. Alors commencent les préparatifs pour accueillir celui qui n’est pas encore président. Tandis que le préfet a pour consigne d’accueillir le visiteur avec tous les égards dus à un ancien chef d’Etat, la population, elle, est prête à faire un triomphe à son illustre hôte. Le mercredi 7 octobre, une foule énorme se presse à Gillot. Le "Skymaster"du général est attendu pour onze heures. Et lorsque l’avion se pose, que la porte s’ouvre et que Charles de Gaulle descend la passerelle, c’est le délire. Le public se précipite, débordant le service d’ordre. Au milieu de ce bain de foule, le général n’en finit pas de serrer les mains. Au pont du Butor, la foule est si dense que les voitures sont obligées de s’arrêter. Puis elles remontent lentement la rue Maréchal-Leclerc, jusqu’à la rue de Paris et l’hôtel de ville. La descente à pied de la mairie à la préfecture prend l’allure d’une marche triomphale. La première journée de la visite de De Gaulle est essentiellement consacrée aux déplacements, pas de discours. L’allocution est pour le lendemain matin, à l’occasion de la pose de la première pierre d’un futur monument aux Français libres. La matinée du jeudi 8 octobre sera brève car l’avion doit s’envoler vers dix heures. Le général aura cependant le temps de poser la première pierre du monument, face à la préfecture et de prononcer un véritable discours qu’il terminera par "Vive La Réunion, Vive La France, Vive la République".

LE GÉNÉRAL REVIENT !

Six années plus tard, alors qu’il est devenu président de la République, Charles de Gaulle n’a pas oublié La Réunion, à laquelle il réserve une de ses premières visites. Nous voilà donc en 1959. Le voyage présidentiel dans la zone durera neuf jours car le président de la République a décidé de rendre visite, outre au peuple réunionnais, aux peuples des Comores et de Djibouti. A La Réunion, on n’oublie que le président ne passera que dix-huit heures dans l’île ; l’important c’est qu’il vienne, qu’il s’adresse aux Réunionnais et qu’il se montre sensible à leurs problèmes. "Date historique", titrent les journaux, pour la première fois dans l’histoire de l’île, un chef d’Etat foulera le sol réunionnais. "En juin 1953, écrit le Journal de l’Ile de La Réunion, l’homme du 18 juin, le libérateur, représentait à la fois pour nous, Réunionnais, l’honneur et l’espoir de La France. Aujourd’hui c’est La France que la population de La Réunion s’apprête à acclamer". Et tout le monde, quelles que soient les tendances politiques, se réjouit de la venue du président de Gaulle : "Du communiste à l’ancien pétainiste, dans le peuple, tout le monde, ici, est pour De Gaulle. Rien, contre le général de Gaulle ne prendra dans ce pays, peut-on lire dans Le Progrès. L’élan affectif qui porte les Réunionnais vers la personne du "plus illustre des Français" est quasi unanime". Mais, en réalité, si chacun se réjouit de la venue du général, les raisons en sont différentes. Ainsi du côté communiste, on bat le rappel des troupes afin que ces dernières viennent en masse et montrent au président l’importance du mouvement.

"VIVE DE GAULLE !","VIVE LA FRANCE !"

Témoignages, d’ailleurs, dès la mi-juin, annonce la couleur : "En dépit des affirmations préfectorales, les Réunionnais apporteront au président de la République les preuves de la fraude à La Réunion, et lui feront connaître leur volonté de voir le suffrage universel respecté dans notre pays". Il faut noter que jamais ce journal n’attaquera le général dont il souhaite, sans doute, l’arbitrage dans les conflits qui l’opposent au gouvernement et à son représentant dans l’île. Pendant que le président a entamé sa tournée, l’île a tout organisé pour canaliser le vaste mouvement qui va amener sur Saint-Denis des milliers de personnes : parking spéciaux, multiplication des services d’autobus et de chemin de fer, mais aussi mise en place d’un important service d’ordre. Partout, banderoles et décorations ont été installées. Le vendredi 10 juillet, jour de la visite du général de Gaulle, est décrété journée fériée et payée. Jeudi 9 juillet. La foule n’est pas très nombreuse à Gillot, pour attendre l’arrivée de l’avion présidentiel. En fait le grand public attend à l’entrée et dans les rues de Saint-Denis. A 21 heures l’avion se pose. Le président n’est pas venu seul. Vingt-quatre journalistes, cinq attachés de presse sont là, arrivés à Gillot en DC4. Lorsque le général descend la passerelle, il est accueilli par les flashes des photographes et les ovations du public. En bas l’attendent quelques personnalités locales dont, bien sûr, le préfet Perreau-Pradier. Après avoir serré quelques mains, le général embarque, avec le préfet et son aide de camp, dans l’ID Citroën noire de la préfecture, direction Saint-Denis. Le convoi comprend vingt voitures. A mesure qu’il approche de la ville la foule devient plus dense.

UNE JOURNÉE HISTORIQUE

Des "Vive De Gaulle !", "Vive La France !" jaillissent. Mais on lance aussi des tracts, "A bas la fraude", "En prison les fraudeurs". Devant la préfecture c’est une foule très nombreuse qui attend le président, souvent depuis des heures. "De tout son voyage, c’est à La Réunion, terre française lointaine chargée de poésie et d’histoire, que le général De Gaulle a reçu l’accueil le plus émouvant", écrira le correspondant de l’Agence France-Presse. Le lendemain, 10 juillet, la journée du président va commencer de bonne heure. Dès 8 heures, il quitte la préfecture. D’abord sur la place, il assiste à la présentation du drapeau par la compagnie de Bourbon puis se rend avec sa suite au monument aux morts, avenue de la Victoire.Dans cette même rue la foule est là, aussi nombreuse que la veille. Revenu à la préfecture, le général reçoit les corps constitués, les parlementaires, les élus. Dehors la foule attend une apparition du président. Mais bientôt, elle se disperse, et se rend vers la Redoute car c’est là qu’"il doit parler. Combien sont-ils ? Trente mille ? Quarante mille ? Difficile de le savoir. Une chose, cependant, est sûre : le cri que peuvent pousser trente ou quarante mille poitrines en même temps est prodigieux. Et jamais la Redoute n’en avait entendu de pareil à celui-ci, saluant la montée du président de la République à la tribune. Le prodigieux vacarme va durer quelques minutes, puis s’apaise. Enfin presque, puisque à ce moment les manifestants communistes, profitant du silence, lèvent leurs pancartes sur lesquelles on peut lire "A bas la fraude" et des tracts volent au milieu des cris. "Tiens, voilà les cocos", lancera simplement le général De Gaulle. Dans la foule, l’incident tourne au vinaigre. En effet tout le monde n’appréciera pas cette intervention. Quelques coups sont échangés et cinq "perturbateurs" seront arrêtés à la suite de cette manifestation et retenus quelques heures au poste de police. Diverses personnalités vont se succéder à la tribune. D’abord Roger Payet, président du conseil général, puis Michel Debré, Premier ministre. Tour à tour ils reconnaissent l’attachement des Réunionnais à la France et abordent les problèmes que rencontre le département : "Notre île ne pourra plus bientôt nourrir ses enfants. Déjà le spectre du chômage, non plus seulement saisonnier, comme dans tous les pays agricoles, pour être latent à l’heure actuelle, risque d’anéantir dans un climat social dégradé tout ce qui a pu être entrepris à ce jour", dira Roger Payet. "Ils sont les vôtres ; ils sont les nôtres", répond Michel Debré qui promet, en outre, que les problèmes de la Réunion seront examinés attentivement. Mais il ajoute qu’il ne faut pas se laisser aller au "chant des sirènes " : "Ils n’ont pas de lendemain les mauvais intrigants, les agitateurs indignes qui au profit et souvent au service d’un étranger hostile, veulent user de la moindre difficulté de notre patrie pour élever des barrières entre la France de l’Atlantique, le monde de la Méditerranée et la France de l’océan Indien !". Enfin le général De Gaulle s’approche du micro. L’ovation reprend. Il faut dire que la quasi-totalité de la foule est composée d’hommes et de femmes qui admirent le général. "Vous êtes Français vous êtes Français par excellence, vous êtes Français passionnément..." ; "Vous occupez dans cet océan une position française importante et qui, le cas échéant, pourrait devenir capitale..." ; "Il y a dans le monde une grande menace, qui plane sur les hommes libres ; cette menace, pour la détourner et, s’il le fallait pour la vaincre, il faut être ferme, il faut être fort... Il faut la puissance vigilante de La France"... "La France tout entière vous donne son affection et sa confiance" : telles sont les "phrases chocs" prononcées lentement qui suscitent les réactions du public.

LA TOURNÉE DE M.SOUSTELLE

Longtemps après que le général De Gaulle a quitté la tribune, les cris de la foule retentissent encore dans le stade. Le président de la République est vite rentré à la préfecture où l’attendent, dans les grands salons du premier étage, près de neuf cents personnes. Il retrouve là Madame De Gaulle, qui, pendant que son mari s’adressait aux Réunionnais à la Redoute, a consacré sa matinée à la visite du muséum d’histoire naturelle, de l’hospice Saint-François-d’Assises et du centre hospitalier départemental Félix-Guyon. Madame De Gaulle a aussi inauguré le nouvel hôpital d’enfants. La suite va se dérouler très rapidement. Le général abandonne la réception officielle pour un déjeuner intime. Vers 14h30, le convoi présidentiel quitte la préfecture pour Gillot. Mais avant de partir le président dépose une gerbe au monument des Forces françaises libres. Et il est un peu plus de 15 heures lorsque le Super-Starliner décolle, emportant Charles de Gaulle vers Tananarive et Paris. Il n’aura passé que dix-huit heures à La Réunion. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que ces quelques heures auront été bien remplies. Jacques Soustelle, ministre délégué chargé des Territoires et Départements d’outre-mer, lui, est resté. A peine l’avion du général a-t-il décollé que M. Soustelle est déjà de retour à la préfecture où il reçoit des responsables locaux. Les discussions, se prolongeant, ne laisseront que peu de temps à la conférence de presse qui suivra. Cette conférence de presse, d’ailleurs, ne satisfera pas tout le monde. Ainsi le Journal de l’Ile de La Réunion écrit : "A la question de notre représentant sur les moyens que le gouvernement pensait mettre en uvre pour pallier la surpopulation qui crée dans notre île un problème angoissant, M. Jacques Soustelle crut bon de souligner que si ce problème ne devait pas être négligé, il ne fallait pas lui attribuer une importance qu’il n’a pas (selon lui), car, si dix mille naissances par an en excédent font dix mille bouches à nourrir cela fait dix mille bras pour travailler (NDLR : le malheur est, justement, qu’il existe aussi le problème du chomâge... que le temps imparti à la conférence de presse n’a pas permis de poser)". En outre, au cours de cette conférence, on évoque aussi les moyens de développer la production locale, et notamment de la production à bon marché. Le préfet Perreau-Pradier parle de la réalisation en cours du projet hydroélectrique de Langevin, et des techniques d’avenir : l’utilisation possible du rayonnement solaire, des vents, voire de l’énergie des volcans.

LA FÊTE CONTINUE

Jacques Soustelle termine sa journée par une remise de décoration, avant de répondre à l’invitation des maires et conseillers généraux du département, au Palais Rontaunay. Le lendemain il effectue un tour de l’île : Saint-Benoît d’abord, et le village modèle de Cambourg, puis de Sainte-Rose, Saint-Philippe, Saint-Joseph, Saint-Louis et le Port. Cette tournée sera encore l’occasion de déclarations sur la situation économique de la Réunion et les améliorations que La France, en voie de redressement, peut y apporter : "Je suis optimiste pour La Réunion, car je suis optimiste pour La France", dira le ministre. Il met, aussi, en garde sur le plan de la politique : "Nous avons le devoir de nous unir, en dehors de toutes les questions de personnes, de parti ou de clan, à seul fin de dresser un barrage infranchissable devant les entreprises séparatistes". Jacques Soustelle quitte La Réunion par le Super-Constellation de 9h30, le 12 juillet. Mais la fête n’est pas terminée pour autant. Le porte-avion "Arromanches" et l’escorteur "La Bourdonnais" sont restés. Le "La Bourdonnais" est flambant neuf. Construit à Brest il navigue depuis 1958. Les trois cents hommes du bord seront particulièrement fêtés à La Réunion. En effet l’île va devenir la marraine du navire. Le 11 juillet, le bateau a mouillé en rade de Saint-Denis. le soir, à l’hôtel Low-Tone, l’orchestre "Poker d’As" anime la danse, pour le grand bal de la présidence, et on peut voir beaucoup de cols bleus aux bras de jolies Réunionnaises. Le lendemain, 12 juillet, le "La Bourdonnais" devient filleul de La Réunion : grand-messe à la cathédrale de Saint-Denis, cérémonie de parrainage devant la statue de La Bourdonnais, discours d’Albert Lougnon, proviseur des lycées de La Réunion, qui retrace la vie de Mahé de La Bourdonnais dont le nouvel escorteur est le troisième à porter le nom. De plus, une exposition consacrée au grand administrateur et marin a été organisée à l’hôtel de ville. Cette exposition recevra un public nombreux. Le lundi soir sera consacré à un grand bal public et à un feu d’artifice sur le square La Bourdonnais. Les Réunionnais aiment s’amuser et au goût de certains la fête se termine un peu tôt. Il faut dire que les marins auront un 14 juillet chargé. En effet, dès 7h30, le lendemain matin, "l’Arromanches" appareille à la Pointe-des-Galets. A 9 heures il est devant Saint-Denis. Sur le Barachois, cent vingt de ses marins défilent, au côté des détachements traditionnels du groupe de gendarmerie et de la compagnie de Bourbon. Pendant ce temps, sur le pont d’envol, les "Corsair" s’apprêtent à décoller. En formation, ils survolent Saint-Denis ; forment une croix de Lorraine ; puis ils foncent sur les porte-avions, simulent une attaque avant d’atterrir impeccablement. Le dernier geste officiel de la fête nationale est la pose par le préfet de Saint-Denis de la première pierre de la "Résidence du Barachois", le long de la rue de Nice. Mais la fête n’est pas terminée pour autant. Dans les quartiers, kermesses et rencontres sportives continuent à attirer les Réunionnais. Longtemps encore, on se souviendra de ce mois de juillet 1959.

 

Par Galardini
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