Le 4 octobre prochain la Constitution de la Vè République aura 50 ans. Avec elle naissait un nouveau Sénat, assemblée à part entière. Michel Debré, l’un de ses fondateurs, écrivait : « Le bon sens
et la tradition républicaine justifient la deuxième assemblée, qu’elle se nomme Sénat et qu’elle assure la représentation des collectivités locales ». 50 ans après, sous l’impulsion du Président de
la République, nous avons décidé de modifier notre Constitution et de renforcer les pouvoirs du Parlement. C’est un nouveau parlementarisme que nous allons devoir mettre en place ensemble. Il
s’agit là d’une opportunité exceptionnelle pour notre Assemblée, confortée dans sa mission de représentation des collectivités locales. L’addition de l’impact de cette révision constitutionnelle,
de la réforme de notre régime électoral en 2003 et de l’instauration du quinquennat en 2000 nous ouvre des espaces politiques nouveaux. Sachant l’importance des « pratiques initiales » dans la
structuration des règles, cette nouvelle donne confère aux trois prochaines années une dimension historique. Le Sénat se doit d’honorer ce rendez-vous avec lucidité, audace et détermination afin
d’en saisir toutes les opportunités pour servir la Nation, conforter sa spécificité et renforcer sa visibilité. Voilà pourquoi les constats que l’on peut dresser de la situation de notre Assemblée
nous font un devoir de lui fixer un nouveau cap s’appuyant sur la force des acquis de son passé mais adapté au contexte inédit dans lequel elle doit évoluer. Ce que je vous propose, c’est de fixer
ensemble ce nouveau cap car il n’y aura pas de réponse qui vaille sans élan collectif. Sénateur parmi les Sénateurs, je ressens profondément la nécessité que chacun d’entre nous soit concerné par
cette évolution et y participe avec l’expérience et la sensibilité qui sont les siennes. Les constats Le premier constat est l’importance de l’action conduite depuis dix ans par le Président
Poncelet. Sous les mandats de Christian Poncelet, le Sénat a notamment été un acteur déterminé et permanent de la construction européenne, avec le travail de qualité de sa Délégation et son antenne
bruxelloise mise en place en mai 1999. Avec les stages pour les Sénateurs en entreprises, dans la magistrature et auprès de nos forces armées, avec « Tremplin Entreprises » et « Tremplin Recherche
», notre Assemblée s’est vigoureusement ouverte sur les entreprises et l’ensemble de la société. Avec la « Journée des Français de l’étranger », notre Assemblée s’est encore davantage tournée vers
le monde. Avec « Public Sénat », elle dispose maintenant d’un outil télévisuel dont l’autonomie devrait être un atout. Cette action de Christian Poncelet s’inscrit dans une continuité. René Monory,
il y a seize ans, avait permis au Sénat de faire un grand pas en avant dans l’univers des technologies numériques et avait structuré la dimension internationale de notre travail. Alain Poher, avant
lui, avait donné l’impulsion à notre ouverture à l’Europe et affirmé le rôle de défenseur des libertés publiques de notre Institution. La vitalité du Sénat est donc un fait que seules les critiques
ignorantes ou partisanes peuvent méconnaître. Notre Assemblée n’est en aucun cas arc-boutée sur le passé. Et pourtant, n’avons nous pas à traiter aujourd’hui, en priorité, d’une question qui est
celle de notre légitimité ? Pour ma part, je n’ai pas de doute. Mais cette question nous est posée depuis huit ans avec régularité, démagogie et parfois totale mauvaise foi. Elle est reprise, de
manière endémique, par les médias, par des voix influentes, voire parfois par certains de nos collègues de l’Assemblée nationale… Le doute s’est instillé comme un poison. Il a une vraie puissance
corrosive. Ce doute n’est-il pas au coeur de l’incroyable distorsion, que nous ressentons tous, entre la réalité du travail du Sénat et sa perception par l’opinion ? N’est-il pas la cause du manque
de reconnaissance de la valeur de notre Assemblée ? Il serait tout aussi irresponsable de ne pas en tenir compte que d’amorcer, sans étude approfondie et partagée, avant même les conclusions de la
réflexion impulsée par le Président de la République sur l’articulation entre les différentes structures territoriales, un processus de modification de notre mode de scrutin. Surtout que nous avons
déjà à plusieurs reprises fait évoluer ce mode de scrutin qui fonde en partie notre spécificité et assure une vraie représentation des territoires « faibles en démographie ». En outre, même si le
débat sur notre mode de scrutin crée un clivage entre nous et l’opposition, même s’il peut susciter des différences d’analyse au sein même de notre famille politique, ce débat ne résume pas, à lui
seul, la question de la légitimité du Sénat. La question de la légitimité lance aussi un défi de visibilité au Sénat : visibilité de son altérité (depuis l’instauration du quinquennat, le Sénat est
la seule institution nationale qui ne procède pas de l’élection présidentielle), visibilité de son utilité républicaine (représentation des territoires, socle de continuité institutionnelle de la
Nation), visibilité de la qualité de ses travaux (largement reconnue dans les cercles d’initiés), visibilité de l’importance de son apport au bon fonctionnement de notre démocratie (balancier
stabilisateur des pulsions conjoncturelles). Je crois que notre Assemblée n’a pas à nourrir un complexe de culpabilité à l’égard de ce qu’elle est ou de ce qu’elle représente. Bien au contraire, je
suis convaincu qu’elle se doit d’affirmer, dans un monde saturé d’uniformité, sa spécificité en l’expliquant et en la valorisant. Je pense sincèrement que le Sénat incarne une culture d’avenir. Je
n’en suis pas moins persuadé que la reconquête de la reconnaissance du Sénat doit être notre première priorité. Cela suppose, en premier lieu, un effort renforcé de communication sur ce que nous
sommes et ce que nous faisons. La conquête d’une meilleure visibilité Tout en resserrant le lien « ombilical » qui la lie aux élus locaux et aux Français établis hors de France, notre Institution
doit s’attacher à être plus visible pour nos concitoyens et en être mieux comprise. Approfondir nos relations avec les décideurs économiques, sociaux, universitaires, fédérer autour du Sénat les
réseaux de connaissance et de compétences qui impulsent l’essor du pays est une nécessité. Je crois que nous avons les atouts pour le faire : l’autorité constitutionnelle, le savoir-faire
politique, les moyens juridiques, les ressources humaines et financières. Il nous suffit de valoriser ces atouts en les coordonnant de manière plus structurelle. Cette visibilité renforcée impose
aussi de rechercher une meilleure couverture médiatique de nos travaux qui doit se faire au bénéfice de l’Institution et de chaque Sénateur. Certes, l’actualité dans ses pulsions attire les médias
vers le Palais Bourbon mais nous nous devons de faire valoir, avec la réactivité qui convient, la sage distanciation qui guide notre regard face à l’événement. Très concrètement, il nous faut être
présent plus systématiquement aux rendez-vous politiques que constituent les émissions de radio et de télévision, des éditorialistes du matin, des commentateurs du dimanche soir. Sans oublier la
presse nationale et son importance, nous aurions également avantage à resserrer nos liens avec les médias de province (presse, radios, TV). Nous pourrions développer avec ces médias de proximité
des partenariats permettant de diffuser plus largement nos idées sur le territoire, au travers de forums et de débats locaux organisés avec eux, éventuellement en coordination avec Public Sénat. La
création d’un « club de la presse régionale » favorisant son accueil et sa présence au Palais du Luxembourg pourrait utilement accompagner ces partenariats. Cette presse est souvent très attentive
aux travaux des Sénateurs. Mais au-delà des relais d’opinion classiques, forts des onze millions d’internautes qui se sont connectés au site du Sénat l’an dernier, nous pourrions faire d’Internet
le média privilégié de communication de notre Assemblée. Notre communication institutionnelle y gagnerait en termes d’image mais aussi en efficacité. Mieux faire percevoir la richesse et la
nécessité du bicamérisme constitue un autre impératif. C’est pourquoi, je pense qu’il faut que nous réfléchissions à la mise en place d’une Fondation pour le bicamérisme qui pourrait assurer la
prolongation de l’action de notre actuel Président en ce domaine. En liaison avec d’autres Parlements, des organismes de recherche en sciences politiques et des universités, en France et à
l’étranger, cette Fondation aurait pour mission l’étude et la promotion du rôle des secondes chambres. S’il ne faut pas tout en attendre, la visibilité est un des instruments de reconquête de la
reconnaissance du Sénat. En mettant notre Assemblée en avant, elle l’incitera encore plus à être une « sentinelle » d’une société qui se construit. Il faut que le Sénat reprenne la tête de la «
bataille pour les idées ». Nous devons mobiliser les énergies pour que notre Institution devienne davantage encore un activateur de la réflexion politique. Plus que jamais, il échoit au Sénat
d’exprimer des diagnostics courageux élaborés collectivement, d’être un incubateur de projets et un catalyseur des réformes Ayons aussi bien présent à l’esprit qu’au delà de son aura politique,
c’est sur la qualité de ses travaux (législatifs, prospectifs, d’enquête et de contrôle) que le Sénat a assis une part déterminante de sa légitimité et de son autorité. Nous devons donc prendre les
moyens de les améliorer encore. Nos travaux et notre organisation interne La révision constitutionnelle nous offre une chance formidable pour, au travers des nouvelles lois organiques qui sont
prévues et surtout par une rénovation audacieuse de notre Règlement, créer les conditions nous permettant de légiférer dans de meilleures conditions, de mieux exercer nos missions de contrôle et de
prospective et de renforcer l’influence de notre Assemblée. Sachons saisir cette opportunité. Le rendez-vous de la mise en oeuvre de la réforme constitutionnelle sera essentiel. C’est celui des
mois à venir. Il est déjà balisé et le Président Christian Poncelet en a opportunément amorcé la préparation. Nous devons l’avoir achevé pour le 1er mars 2009. C’est court, très court. Nous devons
donc y réfléchir dès maintenant. ● Se pose d’abord la question de la méthode et de la procédure. Sur ce point, je pense qu’il est essentiel que les groupes politiques du Sénat soient étroitement
associés au processus. Dans cet esprit, il me semblerait efficace et équitable de constituer, autour du « noyau dur » de la commission des Lois et de son Président, une équipe composée des
Présidents de chaque groupe politique de notre Assemblée ou de leurs représentants. Je serais tenté de proposer que s’y joignent notamment le Président de chacune des actuelles commissions
permanentes, le Président de l’actuelle Délégation pour l’Union Européenne. Notre Règlement doit être consensuel et les lois organiques concernant le fonctionnement du Parlement devraient amener,
dans toute la mesure du possible, à exprimer une volonté commune du Sénat. ● Sur le fond des choses, il nous faudra réfléchir à un certain nombre de points importants qui conditionneront
l’efficacité mais aussi l’harmonie de nos travaux futurs. Je n’en retiendrai ici que quelques-uns. 1. Que décider pour le nombre et le périmètre de nos commissions ? Toute augmentation du nombre de
nos commissions devrait, me semble-til, être compensée par un recentrage des compétences et des moyens -en particulier nos administrateurs- autour du noyau créateur que doivent constituer nos
commissions permanentes. Ces moyens et ces talents me semblent actuellement un peu dispersés au sein d’un certain nombre de structures dont, d’ailleurs, toutes n’ont pas trouvé leur voie. La
tentation de commissions à compétences transversales (environnement et développement durable, collectivités locales, …) sera forte. Cette tentation n’est pas dépourvue d’arguments, mais elle peut
comporter aussi certains inconvénients. Il s’agira donc de peser notre décision au trébuchet et d’abord d’en débattre tous ensemble. La question de l’attribution d’une présidence de commission à un
groupe n’appartenant pas à la majorité sénatoriale se posera. Il faut y réfléchir. Je pense que si une ouverture est envisageable, elle ne devrait pas pour autant être considérée comme ayant un
caractère d’automaticité. . Au-delà, la gestion de l’ordre de jour devra être complètement refondue en raison des possibilités nouvelles offertes par l’article 48 révisé de la Constitution. C’est
notamment sur ce chapitre qu’il nous faudra donner un écho plus grand à nos travaux de contrôle et de prospective. C’est là, qu’il s’agira de veiller à l’affirmation des droits des groupes qui
n’appartiennent pas, totalement ou partiellement, à la majorité sénatoriale. C’est là aussi, qu’il nous incombera de concilier la naturelle solidarité avec le Gouvernement et le Chef de l’État dans
l’aide à l’accomplissement de leur programme législatif avec l’indispensable et forte affirmation d’un débouché accru aux initiatives et aux travaux du Sénat. 3. L’organisation de nos questions
d’actualité ne doit-elle pas évoluer ? C’est un « serpent de mer ». Mais aujourd’hui, sans parler du jour retenu, avec une séance tous les deux semaines, la visibilité du Sénat est quatre fois
moindre que celle de l’Assemblée nationale (deux séances par semaine). Les pouvoirs de contrôle accrus du Parlement et la recherche d’un plus grand écho des travaux de notre Assemblée ne nous
imposent-ils pas un changement ? L’adjonction d’une séance supplémentaire par semaine est-elle opportune ? Est-elle envisageable ? Est-il possible de choisir un jour et un horaire plus attractifs ?
Il me semble qu’il sera également essentiel de préserver l’autonomie créatrice qui caractérise les travaux de nos commissions permanentes. C’est un sujet majeur. L’Assemblée nationale a jugé bon de
prévoir une loi organique pour organiser une grande partie des travaux de commissions. Il nous faudra, à cet égard, être attentifs aux conditions de l’accès des ministres aux travaux de
préparation, par les commissions, du texte sur lequel portera désormais le débat législatif. Doit-on, à ce stade, leur ouvrir ou non une possibilité d’amendement ? Ce sont là des points qui, au
delà de leurs aspects techniques, emportent de véritables interrogations politiques sur la l’ampleur de l’accroissement du rôle du Parlement. Ne faudrait-il pas profiter de l’adaptation de notre
règlement à la refonte constitutionnelle pour affirmer le rôle et les moyens de la Mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale (MECSS) ? Dans cet ordre d’idées, ne conviendrait-il
pas d’envisager la création d’un rapporteur général pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale ? Une réflexion sur l’organisation de concertations nouvelles et d’un partage
équilibré des rôles entre la commission des Finances et les commissions dites « pour avis » ne serait-elle pas nécessaire dans le domaine du contrôle et de l’évaluation, du recours à l’expertise
des organismes d’État, dont la Cour des comptes, mais aussi de l’organisation du travail législatif sur les projets de loi de finances (loi initiale et loi de règlement) et le débat d’orientation
budgétaire ? Ensemble, en cinq mois, nous pouvons bâtir les fondements d’un nouveau fonctionnement institutionnel mieux à même de valoriser notre savoir-faire. ● 2008-2011 : trois ans d’action La
rénovation de nos conditions de travail et de notre organisation ne suffira pas. Elle aura à s’inscrire dans une perspective de long terme. Mon expérience de Sénateur et de ministre de deux des
gouvernements de la Présidence de Jacques Chirac m’en convainc. Les valeurs du parlementarisme auxquelles est attaché le Sénat doivent inspirer cette rénovation et guider la politique générale de
notre Assemblée pendant les trois ans qui viennent. Cela tout à la fois dans son action institutionnelle, son fonctionnement, son rayonnement international et sa gestion, avec comme objectif
central la valorisation du mandat de Sénateur. ● Les guides de l’action Je crois qu’il nous revient de proclamer la liberté des travaux de cet espace parlementaire de modération, de dialogue, de
réflexion mais aussi d’audace que plus que jamais doit être le Sénat. Il est également indispensable d’obtenir davantage de respect du Parlement par l’Exécutif et que les deux assemblées se
respectent mutuellement. Il n’est de parlementarisme que dans la liberté des assemblées de proposer, de légiférer, de contrôler et d’évaluer. Il nous appartient de défendre cette liberté et de
contribuer ainsi à la rénovation politique du fait majoritaire. En assurant des majorités parlementaires stables appartenant, hors périodes de cohabitation, à la même famille politique que le
Président de la République, la Vè République a instauré le fait majoritaire. C’est une des clefs de voûte du fonctionnement de nos institutions, telles qu’elles ont été voulues par le Général de
Gaulle. Il repose sur une logique de loyauté politique qui, pour moi, est un principe intangible. Cependant ce principe doit se décliner avec l’esprit de dialogue et la nécessaire expression des
réalités que nous connaissons, dans un débat permanent entre le Parlement et le Gouvernement. La solidarité n’est pas l’inconditionnalité. En outre, le souci de rééquilibrage des pouvoirs, qui a
conduit le Président de la République et le Gouvernement à proposer d’attribuer de nouvelles prérogatives aux Assemblées, doit nous inciter à exercer plus complètement nos missions. Il conviendra
donc de conjuguer notre responsabilité de soutien aux actions de réforme avec la nécessaire liberté qui vient de l’expérience du terrain. Cela trace la voie à un Sénat revivifié, loyal et moderne.
Comme je l’ai déjà exprimé publiquement1, je crois indispensable de conforter la fonction de protection des droits des citoyens et des libertés publiques mais aussi de lutte contre les
discriminations qu’exerce traditionnellement notre Assemblée. C’est la mission historique d’une seconde chambre que de protéger contre d’éventuels abus de pouvoir. Cette tradition juridique,
enracinée dans notre Assemblée, mérite aujourd’hui une attention redoublée en raison notamment des risques découlant de l’irruption accélérée des nouvelles technologies numériques et géniques dans
la vie quotidienne des Français, ainsi que des dévoiements dont elles peuvent faire l’objet. Il y a en ces matières la nécessité d’une vision éthique que le Sénat pourrait spécifiquement porter Il
s’agit parallèlement de développer le rapport particulier qu’entretient notre Assemblée avec le temps politique, afin qu’elle soit toujours en mesure de jouer son rôle de balancier stabilisateur et
puisse rester un point fixe de solidité en période de crise, un « abri démocratique » des temps de tempête. Nous devons aussi continuer à affirmer hautement notre engagement en faveur des
territoires. La question de l’aménagement et de l’équilibre du territoire demeure profondément moderne. Elle est une préoccupation des élus que nous avons résolument à prendre en compte. Nous
devons l’aborder dans sa dimension concrète et sous un angle prospectif. Attachons-nous à faire plus que jamais du Sénat la « maison » des élus locaux et des collectivités territoriales, de toutes
les collectivités territoriales, celles de métropole comme celles d’Outre-mer. Indépendamment de leurs spécificités auxquelles nous devons être attentifs, les départements et collectivités
d’Outre-mer sont aux avant-postes de la présence de notre pays et de ses valeurs aux portes de tous les continents. La représentation de l’Outremer constitue donc un des atouts de notre Assemblée.
Attachons-nous aussi à ce que notre Sénat soit la « maison » de l’esprit d’entreprise et de l’innovation, la « maison » des partenaires économiques et sociaux et du dialogue politique, ouverte aux
citoyens, aux talents et aux initiatives qui foisonnent dans notre France. Une « maison » à l’écoute de la voix du pays, respectueuse de la diversité des opinions et soucieuse avant tout de
l’intérêt national. ● Le fonctionnement de notre Assemblée Afin que nos actions soient encore mieux ciblées et expriment nettement notre volonté collective, ne pourrions nous pas conférer un rôle
central d’information mutuelle et de coordination à la Conférence des Présidents, Intervention devant l’Académie de Caen, 25 avril 2008. Disponible sur le blog :
http://larcher2008.blogspirit.com/notamment lorsqu’elle se réunit hors de la présence du Gouvernement ? Son rôle d’impulsion politique et de cohérence de nos initiatives s’en trouverait conforté.
Elle pourrait ainsi devenir le lieu central où se trouveraient définis l’agenda de notre Assemblée, ses priorités politiques. S’y trouverait arrêtées les idées dont le Sénat s’attacherait, sur le
moyen terme, à obtenir la traduction concrète sur des dossiers clefs2. La Conférence des Présidents serait, parallèlement, le lieu privilégié d’une participation équitable au fonctionnement de
notre Institution des groupes qui ne soutiennent pas la majorité. Pour que les droits et prérogatives des uns et des autres soient garantis, j’estime nécessaire que soit affirmé le caractère
collégial des principales décisions d’organisation de notre Institution. Cette orientation devrait conduire à renforcer la coordination des différents organes compétents : (Bureau du Sénat,
Conférence des Présidents, Conseil de Questure, Bureaux des commissions, …) par la pratique de passerelles de concertation entre ces différentes instances. Ne serait-il pas logique, quand la
Conférence des Présidents doit traiter des questions dont les incidences financières sont importantes, que le Questeur délégué y assiste ? Dans le même ordre d’idée, ne pourrait-on pas envisager
que les Présidents de commission soient représentés par l’un des leurs devant le Bureau du Sénat quand celui-ci doit débattre de sujets les concernant très directement ? En s’appuyant sur cette
nouvelle organisation, l’impact de nos travaux d’information, de contrôle et d’évaluation se devrait d’être renforcé. Sans doute serait-il judicieux de réserver aux conclusions de ces travaux une
place plus importante dans les débats en séance publique. Par ailleurs, la féminisation renforcée de notre assemblée et plus particulièrement de notre groupe est une chance car elle enrichit la
diversité du Sénat. Les femmes de la majorité doivent voir leurs talents et leur engagement reconnus tout simplement à l’égal de chacun. Ne serait-il pas logique que plus d’une femme de notre
groupe puisse siéger au Bureau de notre Assemblée par 2 Pour fixer les idées, trois dossiers clefs pourraient, entre autres, retenir notre attention dans le contexte politique actuel : -
l’évolution des rapports entre les collectivités territoriales, débat lancé début juillet par le Président de la République; - les réformes entreprises pour sortir le pays de ses déséquilibres
économiques et financiers; - la restructuration administrative de nos territoires, y compris dans sa composante « défense ». Un autre dossier majeur pourrait être celui de l’enchevêtrement des
structures de l’administration d’État sur le territoire, qui est source de préoccupation pour les élus locaux. On doit aussi penser à la simplification de la législation et au contrôle de
l’application des lois qui sont des dossiers faisant sens pour nos concitoyens. Les dossiers clefs seront également certains de ceux découlant de l’actualité politique car nous savons bien que le
métier de parlementaire c’est aussi la gestion de la nouveauté et de l’inattendu. C’est d’ailleurs en cela qu’il nous faudra savoir être réactifs. exemple à un poste de Vice-président et que, d’une
manière plus générale, nos collègues femmes puissent occuper la place qui leur revient au Bureau, dans les Bureaux de chaque commission permanente et de notre groupe, sans omettre les délégations,
les groupes d’études et les groupes interparlementaires d’amitié ? ● Le monde et l’Europe Par nature, le Sénat est ouvert sur le monde. Nous devons nous attacher à cette spécificité. Il nous faut
collectivement renforcer le Sénat comme pôle international à même d’appuyer et d’éclairer, dans le respect de nos attributions institutionnelles, l’action diplomatique de la France dans le monde et
en Europe avec une attention particulière aux pays émergents et aux zones où vivent nos compatriotes. Pour ce faire et amplifier notre implication dans les questions militaires, nous devons
prioritairement nous appuyer sur notre commission des affaires étrangères et de la défense. Avec elle, avec les missions à l’étranger de nos autres commissions permanentes, avec nos groupes
d’amitié, assurons la fonction d’une vigie internationale. La richesse du Sénat réside aussi dans la représentation des Français établis hors de France. Ne nous serait-il pas possible de développer
encore nos relations avec les expatriés, qui constituent une véritable « valeur ajoutée » dans la recherche d’une place d’influence pour notre pays dans le contexte de globalisation ?
Parallèlement, une implication forte dans le monde francophone contribuerait puissamment à cette stratégie. L’Europe est devenue notre horizon naturel. Les trois derniers mois de la Présidence
française nous offre l’occasion de le proclamer fortement. Notre Délégation à l’Union européenne (devenue « commission » en vertu de l’article 88-4 de la Constitution révisée) doit continuer à
jouer un rôle pivot. Son action ne devrait-elle pas cependant être encore mieux articulée avec celle de nos commissions permanentes ? Celles-ci n’auraient-elles pas, dans leurs domaines respectifs
de compétences, à faire davantage des questions européennes une priorité constante ? La pratique de réunions conjointes, déjà initiée, devrait à tout le moins être confortée. Nous devons prendre
une part toujours plus déterminante dans l’élaboration des règles communautaires. ● La gestion de nos moyens En fonction des choix que nous aurons collectivement effectués, il nous faudra, pour
mieux servir le Sénat et mieux accomplir nos missions, optimiser la gestion de nos moyens avec la claire conscience qu’ils ne sauraient être extensibles sans limites. Nos moyens humains englobent
une grande diversité de personnels : fonctionnaires des services dont la qualité est reconnue et dont la collaboration -dans l’indépendance de toute autre autorité publique- nous est indispensable
dans l’exercice de nos missions parlementaires comme dans le bon accomplissement matériel de notre mandat, collaborateurs politiques et assistants dont l’engagement à nos côtés constitue un soutien
précieux. Tous ces personnels et notre administration ne recèlent-ils pas un potentiel de grande valeur qui pourrait être encore mieux mobilisé ? Parallèlement, l’autonomie de nos moyens financiers
est une condition impérative de la liberté parlementaire. La qualité du travail, la dignité et l’efficacité du mandat, la participation à la représentation extérieure de la France ont un coût. Ces
exigences ne sont nullement incompatibles avec la poursuite d’une transparence déjà engagée. La clarté peut devenir un élément de meilleure visibilité démocratique dans un contexte de tension des
finances publiques. Je crois que l’efficacité et le respect de règles d’éthique parlementaire peuvent se concevoir sans « immolation démagogique ». Aussi, sur le sujet de nos moyens, pour ne pas
avoir à recevoir de leçons de l’extérieur, il nous appartiendra de continuer à pratiquer l’auto-réforme, afin d’être libres de nous consacrer à l’essentiel : la participation à l’élaboration de la
politique dont la France a besoin. ● L’exercice du mandat de Sénateur Le Sénat n’est riche que de ses Sénateurs. C’est pourquoi, chaque Sénateur doit se sentir bien au Sénat, y être écouté dans le
respect de sa sensibilité et percevoir en toutes circonstances que notre Assemblée est sa « maison », que ses préoccupations y sont prises en compte, qu’il y a pleinement sa place et qu’il
contribue à la représenter hors de ses murs. Il m’apparaît important, également, que chacun de ceux qui le souhaiteront puisse être mieux associé au renforcement du rôle national et international
du Sénat. Dans cet esprit, ceux qui souhaiteront contribuer à l’accroissement de l’influence du Sénat devraient disposer des moyens politiques, matériels et humains adaptés. L’étude -déjà engagée-
des conditions d’optimisation de ces moyens doit être prise en compte, dans le cadre de la nécessaire maîtrise de notre budget, pour la mise en oeuvre de mesures à la fois raisonnables,
pragmatiques et opérationnelles. Parallèlement, les interrogations portant sur « l’après mandat » devront être tout particulièrement traitées eu égard aux nouvelles règles applicables, notamment en
matière de durée. S’adapter sans renier aucune de nos valeurs, ne pas ignorer l’accélération du temps tout en sachant préserver ce qui doit être immuable, savoir être solidaire sans s’interdire le
droit à la différence, tels sont les défis à relever pour le Sénat de notre République dans les prochaines années. Le sens de ces défis est clair. Il nous faut oser : oser anticiper, oser proposer,
oser avancer, oser expérimenter, être audacieux, être novateur. Ainsi, ensemble, nous forgerons les moyens de la modernité du Sénat pour le nouvel horizon constitutionnel qui vient de lui être
ouvert. Gérard Larcher Le 1er septembre 2008