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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 06:49

 

 

Cher Stéphane et ami(e)s de l'UGF,

Permets-moi de t’envoyer un autre texte, dans le même esprit que celui de mardi.

Il s’agit d’extraits de l’avant dernier chapitre du 3ème et dernier tome de “C’ETAIT de GAULLE” d’A.PEYREFITTE :

(Mon père a écrit ce passage 10 jours avant sa mort ,le 27 novembre 1999 - il l’a corrigé jusqu’ à la fin , 2 jours
 avant sa mort-. Le troisième et dernier tome est paru quatre mois plus tard ,le 22 mars 2000.) :

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“ 9 novembre 1970.

Le Général est mort. Surprise , douleur, houle des souvenirs.
Puis sentiment d’un accomplissement – une mort simple et forte à sa mesure.

Plus tard Philippe de Gaulle et Alain de Boissieu me diront l’un et l’autre qu’en janvier 1966,
 après sa réélection, il leur avait annoncé son intention de partir le jour de ses 80 ans.
A son étrange façon, l’intention s’est réalisée.

Colombey, 12 novembre 1970.

Je me demandais comment j’allais me rendre aux obsèques, quand Hettier de Boislambert
( Chancelier de l’ordre de la Libération) me téléphone: “J’ai organisé un train spécial et des autocars
 pour conduire les compagnons de la Libération à Colombey. Je vous invite, ainsi que Couve, Joxe et
Gorse, à vous joindre à nous ; je sais que le Général vous aimait bien.”

Le grand portail de l’église est fermé. A la porte de gauche, un filtrage. Boislambert se présente
 le premier et veut nous faire passer tous quatre avant lui. Couve, Joxe et Gorse pénètrent dans l’église.
Boislambert me pousse gentiment. Je m’efface : “Non. Il a dit : les compagnons de la Libération. Je ne le suis
 pas. “Non sum dignus.” Il fait mine d’insister , puis s’incline : “Comme vous voulez.”

Sa cohorte s’engouffre derrière lui...
Je m’adosse ,dehors, au grand portail fermé, entre deux soldats l’arme au pied.
Une immense foule est déjà massée autour de l’église.

Quand les battants se rouvrent , Jacques Vendroux, un des premiers à sortir, m’aperçoit. Il me dit
 gentiment à voix basse : “Mais pourquoi n’êtes-vous pas entré ?

AP.- Le Général a dit : la famille, le village, les compagnons. Je n’en suis pas.
Vendroux.- Vous êtes trop scrupuleux.”
Derrière le cercueil porté par dix garçons du village, suivi par la famille, je me joins au cortège.
Par respect pour la foule immense qui attend de passer , nous ne nous attardons pas devant le
 caveau béant où le cercueil vient d’être descendu à côté d’un autre cercueil, celui d’ Anne de Gaulle.
Le plus illustre des Français repose à côté d’une petite handicapée tendrement aimée , sa fille.

... A la sortie du cimetière, je retrouve Jacques et Cada Vendroux...Jacques Vendroux me prend le bras:
“ Venez à la Boisserie. Je ne peux pas faire venir tous les compagnons de la Libération, mais je suis sûr
 que ma soeur sera heureuse de vous voir et ses enfants aussi. “

Il emmène aussi l’évêque de Langres, Mgr Atton, qui va faire ses adieux à la famille.
Nous marchons tous quatre sans nous hâter sur la petite route. Etrangement, il flotte dans l’air comme
 une sérénité qui n’est pas loin de la joie. Parce que mes trois compagnons croient à l’éternité de l’âme, sans
 se poser des questions qui sont pour eux résolues ?
Parce qu’ ils ont le sentiment d’un extraordinaire parcours sans faute ? Ou qu’ ils sont soulagés de savoir
 que le Général a cessé de souffrir ?

Vendroux : “On ne pourra sans doute jamais le démontrer, mais j’ai l’intime conviction que le chagrin a eu
 raison de lui. Cet anévrisme , il l’avait depuis toujours. Ça tenait bon quand il était porté par sa tâche,
 quand il savait que les Français comptaient sur lui. Quand il a vu qu’ils le rejetaient, il ne l’ a pas supporté.
Le Professeur...( je n’ai pas retenu le nom) me le disait ce matin : “C’est une mort psychosomatique. Une
 petite malformation dont son organisme s’accommodait très bien, il a fini par ne plus la supporter quand
 ce chagrin l’a envahi. “

On entrouvre pour nous la grille de la Boisserie, dont avait surgi , une heure plus tôt, l’engin blindé de
 reconnaissance portant le cercueil recouvert d’un simple drapeau tricolore. Mme de Gaulle et ses enfants sont
 déjà arrivés, ramenés en voiture.

Dans la salle de séjour, il y a encore les tréteaux sur lesquels reposait le cercueil. Alentour, comme si le
Général était toujours là, Mme de Gaulle, Philippe et sa femme, Elisabeth et son mari, restent figés dans le silence.
Mme de Gaulle me dit simplement : “: Il vous aimait bien, il m’a parlé de vous l’autre jour, il venait de
 recevoir votre lettre.” La lettre par laquelle je le remerciais des “Mémoires d’espoir” qu’il m’avait offerts.
Je m’efface devant l’évêque de Langres qui prend congé.

Mme de Gaulle fait un pas vers moi : “Il a été miné par le chagrin, me dit-elle. Vous n’imaginez pas à quel
 point il a souffert.”
Je proteste qu’il ne pouvait pas trouver de plus belle fin ; que les Français commençaient à se repentir
 de leur vote; que la légende de cet homme, si contesté de son vivant à cause des décisions courageuses
 qu’il avait dû prendre, prenait déjà son essor.

Rien n’y fait. Elle s’obstine à répéter : “ Il a tant souffert. Cette mort est pour lui une délivrance. “

Le capitaine de vaisseau Philippe de Gaulle me dit des mots amicaux : “ Il vous aimait bien. Il appréciait la façon
 dont vous traduisiez sa pensée. “

Il ne faut pas que je m’incruste. Je retiens mes larmes jusqu’au seuil de la maison. “

ALAIN PEYREFITTE. “C’était de Gaulle”. Tome trois. Dernier chapitre avant  “l’ épilogue”.
Novembre 1999.


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Published by Union des Gaullistes de France (UGF)

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