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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 09:33

 

 

 

Retrouvez le site web "ALAIN PEYREFITTE  1925-1999 - UN INTELLECTUEL EN POLITIQUE"

 

www.alainpeyrefitte.fr

 

Jean D’ORMESSON

Hommage à M. Alain Peyrefitte prononcé par M. Jean d’Ormesson dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides

 

 

Alain Peyrefitte était un homme de foi et d’intelligence. Un homme de culture et d’État. Un homme de passion et de raison. Ses roses poussaient en dedans. Il cachait des passions ardentes dans le secret de son cœur, il ne cessait jamais de les soumettre au contrôle rigoureux de la méthode et de la raison. Je le revois, grand, mince, élégant, un peu sourcilleux, dans la jeune lumière de l’aube, à l’École normale de la rue d’Ulm où nous entrons ensemble, à dix-neuf ans, le feu aux joues, en 1945. Il n’y reste pas longtemps. Il la quitte assez vite pour rejoindre la nouvelle École nationale d’administration que vient de fonder Michel Debré. Elle ouvre une voie royale à une de ses ambitions les plus constantes et les plus honorables: le service de l’État.

 

Je le revois, un peu plus tard, avec Jean François Deniau, en Allemagne, à Bad Godesberg, au Schloss Ernich, où Monique et lui m’accueillent avec une générosité que je ne suis pas près d’oublier. Il apprend son métier de diplomate sous la férule ironique et railleuse d’André François-Poncet, image emblématique et quasi platonicienne de l’ambassadeur en majesté.

 

Je le revois sous la Coupole du quai Conti et dans les couloirs du Figaro, où nous nous sommes retrouvés. Le jour – il tombe si vite ! – commence déjà à tomber. Il nous donne alors, dans les épreuves et dans le succès, tant de leçons de courage et de lucidité et l’exemple, jusqu’à ses toutes dernières heures, jusqu’à la dernière minute, de cet acharnement au travail qui était sa marque de fabrique.

 

Entre le crépuscule du matin et le crépuscule du soir, c’est le miroir d’une vie merveilleusement dominée et multiple que nous tend Alain Peyrefitte : une carrière exemplaire au service de la République, doublée, d’un bout à l’autre, par le spectacle d’un monde qui défile et s’ordonne sous le regard souverain d’un témoin engagé.

 

À l’extérieur, la Chine, dont il analyse le sommeil et dont il annonce le réveil.

 

À l’intérieur, la France, dont il détecte et ausculte le mal.

Et, des débuts à la fin, sur sa vie d’écrivain comme sur sa vie d’homme public, toujours familière et suprême, la grande ombre du général de Gaulle dont il devient le Joinville, le Saint-Simon, le Las Cases.

 

Partout, il est le premier, le plus jeune, le plus brillant. Il ne cesse jamais de tisser des liens entre la pensée et l’action. Il est le plus gaulliste – et peut-être le seul gaulliste – des disciples de Tocqueville et de Max Weber. Conseiller général, maire de Provins, député, sénateur, huit fois ministre du Général, de Georges Pompidou, de Valéry Giscard d’Estaing – dont nous savons depuis ce matin qu’il avait pensé à lui comme Premier ministre –, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, il est, indissolublement, un homme de gouvernement et un intellectuel.

 

Les parents d’Alain étaient instituteurs. Son grand-père était maçon. Il construisait des ponts, et il se levait la nuit pour vérifier qu’ils tenaient. Son autre grand-père était gendarme. Un soir, à Millau, dans l’Aveyron profond, à la sortie d’une réunion publique, un survivant de la brigade de son grand-père vint trouver Alain et lui dit : « Monsieur le Ministre, vous faites honneur à la gendarmerie nationale. »

 

Ce n’est pas seulement à la gendarmerie nationale qu’Alain Peyrefitte a fait honneur. Par cette capacité si rare d’unir en sa personne le goût de la pensée et de la culture les plus hautes et le sens de cet État qu’il a servi mieux que personne et qui le célèbre aujourd’hui avec gratitude et respect, Alain Peyrefitte fait honneur à la France.

 

 

Jean d’Ormesson, de l’Académie française, le mercredi 1er Décembre 1999

 

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Jean François DENIAU

Hommage à M. Alain Peyrefitte prononcé par M. Jean François Deniau dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides

 

 

Alain Peyrefitte appartient à cette très longue lignée, et qui comporte tant de noms illustres, d’auteurs français qui ne se sont pas contentés d’écrire mais qui ont eu aussi le souci d’exercer des responsabilités politiques au plus haut niveau. L’Académie française a compté dans ses rangs quatre anciens chefs d’État et dix-sept anciens Présidents de Conseil ou Premiers ministres. Sous tous les régimes. Certains avaient beaucoup agi et voulaient écrire, certains avaient beaucoup écrit, et ne souhaitaient pas ne laisser que des textes. Alain est un cas exemplaire. Dès ses plus jeunes années (son premier essai, au titre symbolique, 

Le Sentiment de confiance, est de 1947), il a la double vocation et entend mener sa vie, sans rien omettre de ses responsabilités familiales, dans l’équilibre de la réflexion et du pouvoir, disons entre la plume et l’épée.

 

Sous l’image, le portrait, la caricature ou le masque de l’homme politique, nous sommes quelques-uns à connaître un homme chaleureux, chercheur de vérité, travailleur consciencieux et dévoué au bien public, comme l’avait montré son rapport sur la violence qui pourrait peut-être aujourd’hui être relu avec profit. On n’est pas élu et constamment réélu maire d’une commune française pendant plus de trente ans, sans une capacité d’attention, de respect fondamental des autres, de fidélité tout à fait remarquable. Sans des qualités de cœur. Comment peut-il concilier la distance nécessaire de l’analyste pénétrant si souvent en avance, et les devoirs si contraignants de la proximité ? Comment être à la fois acteur et témoin, ministre important du général de Gaulle et son meilleur chroniqueur… C’était sa force, cela reste son secret.

 

L’Allemagne fédérale naissait à peine. Par un petit matin glacé sur le quai de la gare de Remagen, Alain Peyrefitte, avec Claude Cheysson, m’avait accueilli au nom de l’ambassadeur André François-Poncet. C’était dans les premiers jours de janvier 1950. Il va y avoir exactement un demi-siècle dans quelques semaines. Il avait vingt-quatre ans. J’en avais vingt et un. Malgré toutes les différences, nos vies n’ont pas cessé depuis de se croiser.

 

Je ne crois pas que l’âme soit seulement la propriété individuelle de chacun de nous. J’ai toujours pensé qu’elle vit aussi de la vie de nos souvenirs communs.

 

Je n’oublierai pas.

 

 

Jean François Deniau, le mercredi 1er Décembre 1999

 

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Published by Union des Gaullistes de France (UGF)

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